DISPARITION

José María Riba

AuroreMarechal-ABACAPRESS

¡Hasta siempre, Chema!

Passion, culture, chaleur, générosité, lucidité, rigueur, énergie, humour… difficile d’arrêter cette liste enthousiaste pour essayer d’évoquer le regretté José María Riba.

Pour l’avoir régulièrement côtoyé dans des festivals hispanophones ou des rencontres professionnelles soutenant le cinéma latino-américain notamment (combien d’heures de discussion dans le cadre délicieux du Festival de Morelia par exemple) ou à Cannes bien sûr, j’ai toujours admiré sa capacité à questionner les choses, à les faire avancer, à opter pour une franchise tranchante mais profondément sincère et honnête. Le tout rythmé par son irrésistible humour…

Sa passionnante connaissance des cinémas hispano-américains, la lucidité de ses analyses et de ses choix artistiques faisant, nous étions nombreux à adorer débattre avec lui. Car, même en cas de désaccord, invariablement l’échange se terminait par un grand éclat de rire…

Son impressionnante force de travail a évidemment marqué son passage au sein du SFCC et particulièrement de notre chère Semaine de la Critique. Entré comme sélectionneur sous la direction de Jean Roy en 1993, il en a impulsé la modernisation en profondeur, notamment avec Jacques Zimmer et Philippe Rouyer (alors Président et Secrétaire Général du SFCC). Dans sa structure et dans sa forme. Son impétuosité a hélas entraîné son divorce prématuré avec notre syndicat, mais comment ne pas célébrer son merveilleux apport à notre dynamique collective.

Élu Délégué Général en 2000 (année où la Semaine fêtait son grand retour au Palais et son installation décisive au Miramar), il y a tout de suite imprimé sa patte latino-américaine que, à notre manière, Charles Tesson et moi-même avons tenté de maintenir par la suite. Mais impossible de faire mieux que José et ses invitations à Guillermo Del Toro (pour Cronos), Alejandro González Iñárritu (pour Amours chiennes) et Patricio Guzmán (avec Le cas Pinochet) !

Au-delà de ses excellents choix de programmation, en seulement deux années il a modernisé notre section. En déclinant un ton chaleureux, amical et passionné, et bien sûr en inventant une série d’activités qui lui ont permis d’imprimer sa vitalité et d’imposer durablement son identité. C’est sous l’impulsion de José María que la Semaine a commencé à programmer des séances spéciales, à accueillir de grands anciens pour accompagner les nouveaux talents de l’année, et s’est constitué une équipe professionnelle, solide et exigeante, offrant ambition, rigueur et visibilité à notre travail. Christophe Leparc, Marion Dubois Daras puis Rémi Bonhomme, à la tête de l’équipe de production de la Semaine, ont eux aussi intelligemment prolongé la vision structurelle et économique de José.

Mais je dois aussi citer son extraordinaire apport au Festival de San Sebastian (la ville où il avait grandi) pour lequel, étant membre du comité de direction, il créa Cinéma en construction, son travail de journaliste à l’AFP, à RFI, à Ciné-Classic notamment, ses apports comme correspondant pour l’Amérique latine pour Edouard Waintrop à la Quinzaine des Réalisateurs puis pour Thierry Frémaux, et bien sûr son énergie pour défendre Españolas en París et Différent, festival de cinéma espagnol à Paris, qu’il avait créés et qu’il animait avec bonheur.

Ses saillies hilarantes et mordantes nous manqueront, son engagement sans faille aussi. Et la sincérité de son amitié plus encore.

Jean-Christophe BERJON

© photo : Vincent Mottez