Lettre51



 Disparition  
  Paul-Louis Thirard 

Disparu le 24 juin à l’âge de 85 ans, Paul-Louis Thirard fut l’un des plus importants collaborateurs de la revue Positif dont il incarnait l’esprit mieux que tout autre. Il y entre à 23 ans en mars 1955 dans le numéro 13 et il y écrit jusqu’en 2017. Bien que Lyonnais d’origine comme la revue et son fondateur Bernard Chardère, il n’y débute pourtant que lorsque la publication s’était installée à Paris. Il se fait d’emblée remarquer par un canular en créant un cinéaste Maurice Burnan dont il retraçait les débuts. Une très sérieuse revue américaine Films in review , dans une étude sur Jean Gabin y mentionne sa présence dans un film de Burnan. Plus tard, il pasticha avec humour la vogue des découvreurs à tout prix en chantant les louanges d’un cinéma dubrovnien inventé de toutes pièces . Thirard savait aussi se consacrer aux auteurs majeurs et écrivit en collaboration deux livres essentiels sur Antonioni et Visconti. Cela reflétait aussi son goût de l’Italie qu’il découvrit lors d’un festival de Venise, dont il apprit la langue avant de devenir un traducteur des textes transalpins. De l’Italie, il aimait aussi les genres populaires alors peu prisés de la critique en place et se fit le chantre des films d’horreur de Bava ou Freda , et surtout des maîtres de la comédie italienne, Risi, Comencini, Lattuada et Monicelli. Il en alla de même pour les genres du cinéma hollywoodien en particulier le polar dont il était un spécialiste.
Ce catholique affirmé ne s’entendait pas moins avec le noyau dur de Positif constitué de surréalistes ardemment anticléricaux. Il en partageait les convictions politiques au sein d’une gauche antistalinienne. Signataire du manifeste des 121, il participa à l’aide au FLN et contribua beaucoup à la défense d’un cinéma engagé souvent documentaire entreprenant même un voyage à la Havane pour s’informer sur la naissance du cinéma cubain. Cela allait de pair avec son goût du comique qu’il aima sous toutes ses formes, écrivant ainsi le premier article sur les dessins animés de Tex Avery.
Militant du PSU puis de la LCR, il défendit aussi ses goûts et ses idées dans les Lettres nouvelles, Les Lettres françaises, Cinéma et Rouge tout en collaborant à la mythique revue, Midi Minuit Fantastique publié au Terrain vague, l’éditeur alors de Positif.
Son indépendance d’esprit, sa curiosité, son sens de l’humour, sa connaissance du passé cinématographique, ses convictions étaient synchrones avec un revue dont il fut l’un des piliers pendant six décennies.

Michel CIMENT

 Disparition  
 RENÉ QUINSON  

1922 - 2018
Journaliste

Né à Chambéry le 22 novembre 1922, notre ami René vient de nous quitter à l’âge de 95 ans.
Etonnant parcours que celui du gamin malin qui, ébloui par le cinéma ambulant qui fait halte dans son village, se fabrique une lanterne magique avec une boîte à chaussures, une lampe et une grosse loupe, avant de recevoir pour Noël un projecteur à manivelle.
Fils d’un notaire rural de la Drôme, il fait des études de droit et travaille comme clerc dans une étude de Valence quand il tombe sous le charme de la jeune Odile Versois dans Les Dernières vacances de Leenhardt.
Jean Nohain, l’homme des 36 Chandelles, lance alors un journal de cinéma et le recrute. René « monte » à Paris. Certes, tout n’est pas simple. Le journal de Nohain ne marche pas. Comment faire pour interviewer la belle Odile ? Idée de génie : René fonde en 1955 une agence de presse, Continental Presse. Le résultat dépasse ses espérances : plusieurs journaux régionaux publient son entretien et lui en demandent d’autres. L’agence prend son essor. La méthode Quinson est d’être présent sur tous les tournages, et de sympathiser avec les professionnels : réalisateurs, acteurs, techniciens… mais aussi producteurs et distributeurs, qu’il tutoie tous immédiatement. Epoque héroïque où les projections de presse n’existaient pas, les attachés de presse indépendants non plus, et où René donnait des conseils aux distributeurs pour la promotion de leurs films.
Soutenu par Albert Camus, notre ami entre à « Combat », dont il sera un des piliers, avec Henry Chapier, jusqu'à la disparition du journal.
Dans les années 80, il entame une longue collaboration avec « Les Etoiles de France-Inter », émission d’André Asséo, tout en continuant de diriger son agence, qui emploie jusqu'à cinq journalistes. C’est l’époque où il court (au sens propre) d’une salle de projection à l’autre pour enregistrer des extraits de bande sonore afin d’illustrer l’émission de radio. Il y récolte une tendinite à force de trimballer son lourd Nagra, mais connaît désormais tous les projectionnistes de Paris.
« Où sont mes clés ? Où est mon stylo ? » Combien de fois l’avons-nous entendu se désoler ainsi. René était un perpétuel distrait, mais rien n’entamait sa bonne humeur. Infatigable, il a délibérement ignoré le sens du mot « retraite ».

G.L.


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COMMUNIQUÉ DE PRESSE
QUESTION DE DROITS

Le site avoir-alire.com vient d'être condamné par le Tribunal de Grande Instance de Paris à payer des frais de compensation pour non respect du droit d'auteur et atteinte portée aux droits patrimoniaux après avoir utilisé deux photos de tournage du film de Jean-Luc Godard, À bout de souffle, qui se sont avérées non libres de droit.

Bien qu'ayant retiré les images litigieuses du site et présenté des excuses, avoir-alire.com a été assigné en justice et se voit dans l'obligation de payer la somme de 11 000 euros (augmentée des frais d'avocats), ce qui le met désormais en péril, puisque ce site gratuit fonctionne depuis 18 ans grâce à des rédacteurs bénévoles, les rentrées publicitaires et partenariats étant dévolus aux frais de fonctionnement.

D'autres sites sont en danger pour les mêmes raisons.

À l'heure où le métier de critique devient de plus en plus aléatoire, le SFCC tient à redire que les droits d'auteurs se doivent d'être respectés, pour les journalistes et critiques comme pour les photographes, mais qu'une telle peine est totalement disproportionnée. Créant une jurisprudence, elle pourrait, à court terme, entraîner la disparition de nombreux supports. Ce qui n'améliorerait ni l'état de la critique cinématographique, ni le pluralisme de propositions de contenus culturels.

Isabelle Danel
Présidente du SFCC

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LES PRIX 2017 DU SYNDICAT FRANÇAIS DE LA CRITIQUE DE CINÉMA ont eu lieu le 29 janvier à la Cinémathèque française. Retrouver ici
VOTEZ POUR LE MEILLEUR FILM FRANCAIS
ET LE MEILLEUR FILM ETRANGER 2017
LES PRIX DU SYNDICAT FRANÇAIS
DE LA CRITIQUE DANS LES FESTIVALS 2017

25 adhérents ont eu l’occasion de participer aux différents jurys presse des sept festivals français partenaires du Syndicat et de récompenser un long ou un court métrage.
TOULOUSE TOULOUSE : Cinelatino, Rencontres de Toulouse (17 - 26 mars)
REY de Niles Atallah (Chili) a été récompensé par Isabelle Danel (Bande à Part, Version femina), Philippe Descottes (Les Fiches de Monsieur Cinéma, CineChronicle.com) et Bernard Payen (Court-Circuit | Arte, Cinémathèque française).

TROUVILLE TROUVILLE : Off-Courts (8 - 16 septembre)
NOUS IRONS AUX BOIS de Arnaud Bigeard (France) a été récompensé par Rita Bukauskaite (Kinoscript), Grégory Marouzé (lillelanuit.com, Toute la Culture) et Adrien Valgalier (La Septième Obsession).

BIARRITZ PIAFF : Festival International du Film d’Animation de Paris (10 - 26 septembre)
TOUTES LES POUPEES NE PLEURENT PAS de Frédérick Tremblay (Canada) a été récompensé par Thomas Fouet (Les Fiches du Cinéma, Comité court métrage Semaine de la Critique), Francis Gavelle (Radio Libertaire) Marie-Pauline Mollaret (Ecran Noir, Comité court métrage Semaine de la Critique).

BIARRITZ BIARRITZ : Festival et Cultures d’Amérique Latine (25 septembre - 1 octobre)
LA SOLEDAD de Jorge Thielen Armand (Venezuela) a été récompensé par Patrice Carré (Le Film Français), Nathalie Chifflet (Groupe Ebra), Olivier Pélisson (Bande à part).

ARRAS

ARRAS : Arras Film Festival (3 - 12 novembre)
ARRHYTHMIA de Boris Khlebnikov (Russie) a été récompensé par Philippe Rouyer (Positif, Le Cercle), Franck Finance-Madureira (Frenchmania), Michael Ghennam (Les fiches du Cinéma) et Yaël Hirsch (Toute la Culture).


PARIS

PARIS : Courts Devant (16 - 21 novembre)
CAVALLS MORTS (DEAD HORSES) de Marc Riba et Anna Solanas (Espagne) a été récompensé par Mélanie Carpentier (Grand Ecart), Francis Gavelle (Radio Libertaire) et Nicolas Marcade (Les Fiches du Cinéma).

Grand Prix de la compétition internationale à LA COURSE NAVETTE de Maxime Aubert (Canada)


PARIS

RCC : Rencontres Cinématographiques de Cannes (20 - 26 novembre)
L’INSULTE de ZIAD Doueiri (Français, Libanais, Chypriote, Belge) a été récompensé par Isabelle Danel (Bande à Part, Version femina), Anne-Claire Cieutat (Bande à part) et Jean-Philippe Guérand (Le Film Français) et Anne-Claire Cieutat (Bande à part).


POITIERS POITIERS : Rencontres internationales des écoles de cinéma (1 - 8 décembre) 



DES RESIDUS ANALYTIQUES Jon Boutin (France) a été récompensé par Anne-Laure Bell (Radio Aligre FM), Thomas Fouet (Les Fiches du Cinéma, Comité court métrage Semaine de la Critique), Pascal Le Duff (Le Télégramme de Brest).
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