HOMMAGE

Claude-Marie Trémois, une certaine tendance de la critique française

(1930 - 2026)

Claude Marie Tremois

Une des grandes figures de Télérama, Claude-Marie Trémois, nous a quittés le 9 janvier 2026 à l’âge de 95 ans.

Rédactrice en chef cinéma de l’hebdomadaire Télérama jusqu’en 1995, elle y avait débuté alors que le magazine s’appelait encore Radio-Télévision-Cinéma, dans les années 1950.

Fille unique d’une comédienne et d’un compositeur de musique, née en mai 1930, elle se rêvait actrice mais ne s’en sentit ni le physique ni l’éclat. Grande lectrice et férue de littérature, elle devint journaliste pigiste pour le théâtre (qu’elle vénérait) puis le cinéma (qu’elle apprit à aimer). Premier papier : une interview d’Edwige Feuillère. De Agnès Varda à Jacques Demy en passant par François Truffaut et Éric Rohmer, elle aima follement la Nouvelle Vague et se fit une ardente défenseuse de  « la politique des auteurs ». Elle se prit de passion dans les années 1990, pour la jeune garde des réalisateurs français, en tête desquels Arnaud Desplechin. De Satyajit Ray à Nikita Mikhalkov en passant par Otar Iosselliani et Woody Allen, elle aimait un cinéma limpide et ludique, réaliste et sans chichis.

Personnage haut en verbe et en convictions, apprendre avec elle (sous ses ordres) n’était pas de tout repos. Un journaliste de Télérama avait rebaptisé « chemin de croix » la relecture des textes semée de croix rouges dans la marge par une Claude-Marie sans filtre, qui n’avait pas de mots assez durs pour conspuer les écrits de ses troupes. Parfois, la sensation désagréable que « ça n’allait pas et n’irait jamais » vous collait aux basques, mais c’était formateur, indéniablement. Pour le style comme pour l’humilité.  Elle aimait la simplicité dans la mise en scène comme dans la mise en mots. Et  c’est ce qu’elle cherchait à transmettre. Elle fut détestée parfois,  mais Claude-Marie Trémois fut une grande critique, car sous des dehors mordants, et une façon bien à elle d’être « affectueuse », elle avait un immense amour des autres et une passion communicative pour le septième art. Et ça, personne ne put jamais le lui ôter, sauf cette sale maladie qui vous grignote la mémoire et lui faisait, les derniers mois,  poser des questions déroutantes du genre : « Mais j’y allais, moi, au Festival de Cannes ? » Après Télérama, elle travailla à Esprit et Réforme jusqu’en 2014-2015  et continua de s’enflammer parfois pour des films qu’on aurait pensé « loin d’elle ». Ce qui lui était proche était aussi vaste que varié. 

Isabelle Danel