Les festivals « online »

Entretien avec Marcel Jean

Marcel Jean est le délégué artistique du festival international du film d'animation d'Annecy.

Pourquoi avoir fait le choix d’une édition en ligne, plutôt qu’une annulation ou un report ?

D’abord, parce que c’est notre boulot d’organiser un festival ! Nous avons une responsabilité face aux créateurs, face aux amoureux de l’animation, face à l’industrie. Annuler aurait voulu dire laisser tomber tout le monde. Quant à reporter, la fenêtre n’allait pas au-delà de septembre. Dès octobre, nous entrons dans la préparation de l’année suivante. Or, les mois de juillet et d’août ne nous paraissaient pas réalistes à la lumière de l’évolution de la pandémie, tandis qu’en septembre il y a déjà plusieurs événements sur lesquels nous ne voulions pas empiéter. Nous sommes respectueux des autres événements, en particulier en cette période trouble, ce qui n’est peut-être pas le cas de tout le monde…

Comment un délégué artistique travaille sur une édition en ligne ?

affiche_ANNECY_ONLINE La sélection était déjà très avancée au début du confinement. Nous avons décidé de prioriser ce qui est au cœur d’Annecy : la sélection officielle, les Work in Progress, les rencontres (c’est-à-dire les leçons de cinéma, les making of…) et le MIFA, bien entendu. Mon rôle a d’abord été de concevoir l’événement, d’en préserver la nature. Notamment son aspect international, d’où notre décision de refuser la géolocalisation. Ensuite, il y a eu les discussions avec les ayant droits. L’un des éléments sensibles a été de figurer la manière de tenir une compétition de longs métrages. Enfin, le travail consiste aussi à motiver et à orienter les équipes, qui se retrouvent dans une situation inédite et assez insécurisante.

Qu’est-ce que cela a impliqué dans le processus de sélection et de programmation ?

Pour la sélection officielle, on n’a pas changé grand-chose. Le seul élément perturbateur a été du côté des films sélectionnés alors qu’ils étaient encore à l’état de work in progress. Certains ont dû déclarer forfait parce que leur calendrier était bouleversé : il devenait évident qu’ils n’arriveraient pas à compléter le film à temps dans les conditions du confinement. On a donc dû renoncer à quelques films. Cinq, pour être précis : un long métrage brésilien, deux coproductions internationales (un court métrage et un long métrage), un spécial télé français et une série japonaise.
Par contre, on a beaucoup allégé du côté des programmes spéciaux. L’hommage à l’animation africaine a été reporté à l’an prochain, tout comme les événements liés à notre 60e anniversaire.

En quoi cela influe-t-il des choix artistiques ?

Pour être totalement transparent, comme nous avons perdu un court métrage qui était assez long et qui n’allait pas être terminé à temps, nous avons décidé de le remplacer par trois très courts films qui avaient été sélectionnés pour être projetés en clôture du festival. J’ai alors pensé que ces trois films apporteraient une légèreté de bon aloi et qu’ils étaient parfaitement configurés pour une présentation online. Comme vous le voyez, ça demeure plutôt marginal.

Quelles contraintes et quelles opportunités présentent une édition en ligne ?

La principale contrainte, c’est l’absence de véritables espaces de rencontres. Annecy, c’est normalement la possibilité de rencontrer tous les acteurs du monde de l’animation dans un espace grand comme un mouchoir de poche. Il y a là une émulation inouïe. Ça, c’est ce qu’on perd. Ensuite, du côté des opportunités, il y a surtout celle de développer, de tester de nouveaux outils, de nouvelles manières de faire. Il y a très certainement des choses que nous faisons cette année que nous allons garder. Et il y a l’opportunité d’ouvrir sur un nouveau public, plus large.

Comment travailler à la promotion du festival auprès des professionnels, de la presse, des publics ?

Ce n’est évidemment pas mon principal champ d’expertise. On a vu, avec les accréditations MIFA, que les professionnels étaient très demandeurs. Ils sont très à l’écoute de notre réseau et extrêmement réactifs. Le défi est plus grand auprès d’un public moins impliqué directement, qui, d’un côté, est enseveli sous les offres numériques et, de l’autre, est un peu usé par trois mois de confinement ou de semi-confinement. Vous savez, maintenant que nous sommes en juin, les attentes vis-à-vis d’un événement numérique n’ont plus rien à voir avec celles que le public avait en avril. Et en septembre ce sera encore autre chose.

www.annecy.org

© Portrait : Cinemathèque quebecoise
© Illustration : Jean-Charles Mbotti Malolo, Simon Roussin

Nathalie Chifflet

Propos recueillis par Nathalie Chifflet